À l’occasion du workshop scientifique SFN en partenariat avec Unijus du 27 janvier 2026, experts et chercheurs se sont penchés sur l’évolution de la consommation de fruits et légumes en France et de la place des jus de fruits comme outil pertinent pour supporter leur consommation. Ces échanges ont permis de mettre en lumière, à partir des données scientifiques les plus récentes, le rôle des jus de fruits, leur contribution aux apports en vitamines, minéraux et composés bioactifs, ainsi que leur place dans les stratégies de prévention et de santé publique.
État des lieux de la consommation de fruits et légumes
Les enquêtes nutritionnelles récentes mettent en évidence une diminution préoccupante de la consommation de fruits et légumes en France, estimée à environ 13 % sur les cinq dernières années. Cette évolution s’accompagne d’un éloignement croissant des recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS), selon lesquelles seuls 13 % des adultes et 19 % des enfants atteignent l’objectif de cinq portions quotidiennes (Nutrimétrie 2024).
Cette baisse s’inscrit dans un contexte socio-économique dégradé, marqué par une augmentation importante de l’insécurité alimentaire, qui concerne désormais plus d’un quart de la population adulte. Les arbitrages budgétaires, les contraintes matérielles (stockage, équipement, temps de préparation) et le recours accru aux produits transformés contribuent à une diminution de la consommation de fruits et légumes sous toutes leurs formes.
Sur le plan nutritionnel, ces évolutions se traduisent par une baisse significative des apports en micronutriments. La vitamine C est particulièrement touchée, avec une baisse estimée à 40 % entre 2015 et 2024, mais des déficits sont également observés pour d’autres vitamines tel que la B9, la A, ainsi que pour des minéraux tel que le potassium et le magnésium. Cette dégradation du statut micronutritionnel constitue un enjeu majeur de santé publique, compte tenu du rôle de ces nutriments dans l’immunité, la santé cardiovasculaire et le métabolisme énergétique. Par rapport à cette baisse inquiétante d’apports en vitamines et minéraux, les jus de fruits vont avoir un rôle essentiel à jouer.
| Laura Sissmann, C-Ways : “Dans un contexte de détérioration de l’équilibre alimentaire sur la dernière décennie, les fruits et légumes sous toutes leurs formes et notamment les jus et nectars ont une vraie place à jouer dans les apports nutritionnels.”
Apports nutritionnels et intérêts des jus de fruits
Les bénéfices santé des fruits et légumes reposent en grande partie sur leur richesse en fibres, vitamines, minéraux et composés phytochimiques (polyphénols, caroténoïdes, phytostérols). Les
fibres alimentaires jouent un rôle central dans la régulation de la satiété, du métabolisme glucidique et lipidique, ainsi que dans la modulation du microbiote intestinal.
La transformation du fruit en jus modifie la matrice alimentaire, entraînant une diminution significative de la teneur en fibres et un moindre effet satiétogène par rapport au fruit entier. Néanmoins, les jus de fruits conservent une part importante de micronutriments d’intérêt — vitamines (comme la vitamine C), minéraux (comme le potassium) et polyphénols — dont la teneur varie selon le parfum.
Les données récentes de consommation (Nutrimétrie 2024) montrent que les jus de fruits constituent les premiers contributeurs aux apports en vitamine C dans l’alimentation générale des Français, représentant environ un quart des apports totaux, et jusqu’à près de 40 % chez les consommateurs réguliers. Leur contribution aux apports énergétiques quotidiens reste limitée (environ 1 à 2 %), et les quantités consommées demeurent modérées chez les consommateurs (<150 ml).
La question des sucres libres reste présente. Pour cette raison, les recommandations des professionnels limitent la consommation de jus de fruits à un verre par jour (150 ml). Il est toutefois rappelé lors du workshop qu’il est essentiel de ne pas confondre les jus de fruits, qui ne contiennent que les sucres naturellement présents dans le fruit, des boissons aux fruits, dont la composition nutritionnelle diffère fortement.
Les données issues de revues systématiques et d’études d’intervention indiquent qu’une consommation modérée de jus de fruits n’est pas associée à une prise de poids ni à une augmentation du risque de diabète de type 2 chez l’adulte. Certains travaux suggèrent même des effets favorables sur des marqueurs de santé cardiovasculaire, bien que ces résultats doivent être interprétés avec prudence et replacés dans le cadre global du régime alimentaire.
| Christine Morand, INRA : “Les boissons sucrées sont fondamentalement différentes des jus de fruits, elles contiennent des sucres ajoutés, ne fournissent ni fibres ni polyphénol et incluent souvent des additifs.”
Rôle stratégique des jus de fruits selon les populations
Enfants
Chez l’enfant, les préférences alimentaires se construisent dès les premières années de vie, avec une période de forte sensibilité sensorielle. L’exposition répétée et la variété des formes de fruits sont des leviers essentiels pour favoriser l’acceptation des saveurs fruitées. Dans ce cadre, les jus de fruits peuvent constituer un outil complémentaire, facilitant l’exposition sensorielle, notamment dans les familles confrontées à des contraintes économiques ou organisationnelles. Leur consommation doit toutefois rester encadrée et ne pas se substituer aux fruits entiers, indispensables au développement des comportements alimentaires.
| Sandrine Monnery-Patris, INRAE : “Le jus présente plusieurs avantages pratiques : il est souvent moins coûteux que les fruits frais, facile à conserver, ne nécessite pas de préparation et réduit le gaspillage alimentaire. Il est généralement très apprécié des enfants, ce qui facilite l’introduction des saveurs fruitées et encourage l’exposition répétée. Ces caractéristiques en font un outil complémentaire pour diversifier les formes de fruits proposées aux enfants tout en limitant les contraintes pour les familles.”
Personnes âgées
Chez les seniors, la diminution de la consommation de fruits est fréquemment liée à des difficultés de mastication, à une baisse de l’appétit ou à la dépendance. Les jus de fruits représentent alors une alternative pratique et bien acceptée, contribuant à l’hydratation et aux apports en vitamines et minéraux essentiels. Bien qu’ils ne remplacent pas les fruits solides, ils peuvent participer à la prévention de la dénutrition et à maintenir une alimentation diversifiée lorsqu’ils sont intégrés de manière raisonnée, de préférence au cours des repas.
| Virginie (Vanwymelbeke) Delannoy, INRAE : “Les jus de fruits représentent une alternative intéressante pour les seniors, car ils sont faciles à consommer et bien acceptés gustativement. Ils apportent une hydratation rapide, particulièrement utile pour les personnes âgées qui ressentent moins la soif.”
Populations en situation de précarité
Les données (Nutrimétrie 2024) montrent que chez les petits consommateurs de fruits, souvent issus de milieux socio-économiques défavorisés, les jus et nectars représentent une part majoritaire de la consommation totale de fruits. Ils constituent ainsi un point d’entrée stratégique pour maintenir un apport en micronutriments, en particulier en vitamine C, dans des contextes où l’accès aux fruits frais est limité.
| Laura Sissmann, C-Ways : “Pour les petits consommateurs, c’est davantage les jus de fruits et nectars qui sont très importants dans leur consommation de fruits sous toutes leurs formes. Et c’est vraiment ces jus et nectars qui vont les retenir à l’univers du fruit”
Recommandations et perspectives pour les professionnels de santé
Face aux différents constats de la baisse généralisée de la consommation de fruits et légumes et de la dégradation des apports en micronutriments, il apparaît essentiel de promouvoir une approche pragmatique. Les fruits entiers doivent rester la référence nutritionnelle, en raison de leur richesse en fibres et de leur effet sur la satiété et le microbiote. Toutefois, les jus de fruits peuvent être intégrés de manière encadrée, dans la limite d’un verre par jour (150 ml), en particulier chez les personnes présentant des apports insuffisants en fruits, des contraintes masticatoires ou un risque de dénutrition. Ils constituent également une alternative plus favorable que les boissons sucrées dans une stratégie de réduction des sucres ajoutés.
Pour les professionnels de santé, les enjeux résident dans :
- la distinction claire entre jus de fruits et boissons aux fruits dans les messages nutritionnels ;
- l’adaptation des recommandations aux profils des patients, en tenant compte des déterminants sociaux, économiques et fonctionnels ;
- la valorisation de la complémentarité entre fruits entiers et jus de fruits, plutôt qu’une approche restrictive.
Dans un contexte de dégradation globale des apports en micronutriments, les jus de fruits occupent ainsi une place spécifique, complémentaire et ciblée, au service d’une stratégie nutritionnelle individualisée et fondée sur les données scientifiques.